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PLAN
Un peu de chimie
mode d'emploi
Conditions de distribution
Pourquoi cette pilule ?
Et moi, suis-je enceinte ou pas ? Ai-je avorté ou pas ?
Voilà maintenant quelques semaines que cette pilule fait couler beaucoup d'encre (et beaucoup de salive). En effet, la distribution du "Norlevo" par les infirmières scolaires dans leurs établissements a ses partisans mais aussi ses détracteurs.
Contraception d'urgence, pilule du lendemain, une fois déclarée abortive, une autre fois seulement contraceptive, qu'en est-il réellement ?
Un peu de chimie :
Le principe actif de cette "pilule miracle" est le Levonorgestrel, hormone de la famille des progestatifs (cf. cours biolo. de la classe de 1ère) qui agit à trois niveaux :
- il bloque l'ovulation en empêchant le système hormonal de commander la maturation des ovocytes ;
- il rend la glaire cervicale impropre à la progression des spermatozoïdes en modifiant sa composition et la rendant moins fluide ;
- il empêche la nidation de l'uf dans l'utérus en changeant la composition de la paroi.
Dans les deux premiers cas, il n'y a pas eu fécondation, et il s'agit donc d'une contraception. Dans le troisième cas, il s'agit d'un avortement. Ainsi, même si beaucoup de médecins (de même que le laboratoire qui produit le Norlevo) affirment que cette pilule est contraceptive et non abortive, c'est FAUX : s'il bloque l'ovulation et modifie la composition de la glaire cervicale, il est vrai qu'il n'y a pas eu fécondation, donc pas d'avortement. Mais lorsqu'il empêche la nidation, il y a eu fécondation (donc un petit survivant devrait être là dans environ neuf mois !) et avortement.
Après un rapport sexuel, il y a ou il n'y a pas fécondation (encore faut-il se situer dans la période à risque (3 à 6 jours) de son cycle). Si fécondation il y a, ça peut se faire n'importe quand dans les 24 heures qui suivent le rapport non ou mal protégé. Donc si on prend cette pilule dans les 24 premières heures qui suivent le rapport , l'incertitude est totale. La pilule peut donc être abortive dans les 24 premières heures, elle l'est à coup sûr après.
Alors on arrête les discussions : on ne sait jamais à quel niveau a agi la pilule, on ne sait jamais si la jeune fille était enceinte (c'est le plus dramatique), mais il y a toujours le risque d'avoir procédé à un avortement.
Mode d'emploi :
Cette pilule fait l'objet d'un protocole. Elle se présente sous la forme de deux comprimés :
- le premier est à prendre au plus tôt après le rapport à risque et obligatoirement dans les 72 heures qui suivent ;
- le deuxième est à prendre entre 12 et 24 heures après le premier.
La pilule Norlevo est efficace à 99 % si elle est prise dans les 24 premières heures. Elle est encore efficace à 85 -95 % après 72 heures. Mais d'après le projet de loi de Ségolène Royal, après 72 heures, il n'y a plus d'indication possible à la contraception d'urgence par cette méthode.
Conditions de distribution :
- La jeune fille doit être en situation d'extrême urgence et de détresse ;
- l'infirmière doit lui proposer d'avertir sa famille ;
- l'infirmière doit instaurer un contact entre sa patiente et un médecin ou un centre de Planning familial ;
- l'infirmière doit s'assurer de la mise en place d'un suivi psychologique.
Cela ne vous rappelle rien ? Une fameuse loi votée en janvier 1975 par exemple ? Comme la loi Veil, ces dispositions paraissent un peu vagues, et donc comme la loi Veil, leur application risque d'être quelque peu fantaisiste.
Pourquoi cette pilule ?
Madame Ségolène Royal est effarée par le nombre de grossesses chez les moins de 20 ans : 10 000 par an, dont 6 500 sont finalement interrompues. Son constat : il y a trop d'avortements (ouf ! elle a peut-être compris quelque chose !). Sa conclusion : il faut développer l'éducation à la sexualité et à la contraception.
Là se posent trois problèmes :
- Madame Ségolène Royal semble confondre contraception tout court (donc non abortive) et contraception abortive, deux modes qui n'ont pas du tout les mêmes incidences. Nous l'avons vu, le Norlevo peut agir sur la nidation et devient là un abortif, avec toutes les conséquences que l'on connaît ;
- A faire la promotion à outrance de cette pilule, n'y a-t-il pas de risques que les jeunes, se sentant protégés et en sûreté grâce à ce nouveau mode de contraception, ne relâchent leur vigilance, et finalement n'augmentent encore plus le risque de grossesses non désirées, et fatalement le nombre d'I.V.G. ?
- Est-ce une bonne chose de gérer un tel problème dans l'impersonnalité totale, au risque de laisser dans la solitude et la détresse les filles qui ont recours à la pilule du lendemain, à un moment où ce sont de conseils et de soutien dont elles ont le plus besoin ?
Et moi, suis-je enceinte ou pas ? Ai-je avorté ou pas ?
Face à cette situation, on se trouve dans un immense embarras, et dans un état psychologiquement instable. L'ignorance de sa situation réelle ne fait qu'accroître l'inquiétude. On a eu un rapport non protégé, et la première crainte est de se retrouver enceinte. Bien sûr, on se garde d'en parler à ses proches, ses parents par exemple. Une copine, peut-être, sera sa confidente. Mais en général, on reste seule avec ce lourd secret, et c'est seule qu'on essaye d'y remédier.
Alors quelle aubaine si l'infirmière de son établissement peut se charger de "régler" le problème ! En effet, la "blouse blanche" qui distribue les cachets d'aspirine ou les pansements pour les petits bobos a maintenant le pouvoir de distribuer cette pilule abortive. Certes, elle doit proposer de prévenir la famille, mais cela reste tout à fait facultatif et non obligatoire. Donc notre petite Sandra, Laetitia, Sonia ou Céline aura peut-être avorté, sans avis, sans conseil, sans soutien ; bref, seule. La blouse blanche est sortie de son anonymat pour y retourner aussitôt la "pilule miracle" administrée.
Mais pour Sandra, Laetitia, Sonia ou Céline, cela ne s'arrête pas là. Si elle ne savait pas si elle était enceinte ou pas, elle ne sait pas non plus si elle a avorté ou pas. Et là demeure tout un processus psychologique, source de souffrance et de détresse, peut-être pire encore que le SPA (Syndrome Post-Avortement), car vient s'y ajouter le doute : "Peut-être étais-je enceinte, peut-être ai-je avorté... mais peut-être pas...". Sandra, Laetitia, Sonia et Céline n'auront jamais la réponse à cette question obsédante, et resteront toujours seules face à cette ambivalence.
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