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COMMUNIQUE DE PRESSE DES SURVIVANTES
POUR L'ANNIVERSAIRE DE LA LOI VEIL


Paris, le vendredi 14 janvier 2000,

Demain un certain nombre de femmes descendront dans les rues de Paris au départ de Bastille pour réaffirmer leurs droits. Nous, les Survivantes, nous aimerions arpenter les rues à leur côté, car les femmes, nous les défendons chaque jour. Mais un point trop important nous sépare : l'I.V.G. Cet anniversaire de la loi Veil a pour nous une autre résonance : 25 ans que nous supportons une loi que nous n'avons pas décidée ! 25 ans que tous les jours on remet en cause notre propre vie et celle d'¼ de notre génération, sans nous demander notre avis.

Il faut dire que nous, les Survivantes, sommes toutes nées après 75, nous n'avons jamais connu une autre société que celle-là, qui a légalisé l'avortement. Nous ne sommes pas des ignares, nous savons qu'avant la loi, il existait un réel problème de santé publique, qui concernait nos mères quand elles étaient enceintes d'un frère ou d'une sœur potentiels qu'elles ne désiraient pas garder (ou plus exactement qu'elles ne pouvaient pas garder compte tenu de leur situation, une situation bloquée sans aide). Croyez-vous que pour nous, les Survivantes à l'avortement légalisé, les choses soient moins douloureuses, maintenant que l'avortement est fait proprement ? Franchement, est-ce que la société nous aide davantage à améliorer notre situation qu'elle ne le faisait pour nos mères ? On peut vous le dire : absolument pas ! On est toujours aussi seules ! On ne nous propose rien, excepté, avec un grand sourire réconfortant (" vous verrez, ça se passera bien… "), une pilule à prendre en deux temps ou un petit voyage en Hollande quand c'est trop tard.

Quand est-ce que notre gouvernement comprendra que pour une fille comme nous, ce n'est pas l'I.V.G. qui règle le problème (il ne fait que l'augmenter par une blessure supplémentaire longue à cicatriser) mais des propositions concrètes et simples de solidarité et d'aides sociales ? Il ne faut pas faciliter l'accès à l'I.V.G., car tout le monde sait que c'est terrible pour une femme (surtout après), il faut au contraire, encore et toujours plus, faire des efforts d'intégration, pour qu'on ne se sente plus aussi exclue si on se retrouve enceinte.

Tous les journaux de ces derniers jours n'ont cessé de tenter de dresser un bilan de l'I.V.G. en France, sans réussir à trouver un consensus. Nous faisons appel à vous, journalistes, donnez-nous le droit à la parole, nous la jeune génération qui n'a rien connu d'autre. Donnez-nous la possibilité de reprendre le débat 25 ans après. Le 21 décembre 1999, nous manifestions simultanément à Libourne devant le Centre Hospitalier Boulin, et à Paris sous les fenêtres de Martine Aubry. Nous venions réclamer de manière non-violente et joyeuse la consultation que Madame la ministre avait annoncée sur ce sujet.

Qu'est-ce que nous désirons ? :
- Une société qui écoute vraiment les femmes et les filles, et qui propose toujours à temps les solutions alternatives qui existent !
- Une société qui réfléchisse à ce que peut être l'avenir, quand manque une proportion si importante de sa jeunesse
- Une société qui s'interroge sur ce que peut penser cette jeunesse quand elle n'est pas acceptée telle quelle, mais désirée comme on voudrait qu'elle soit : docile, pas dérangeante
- Une société qui tende la main aux filles, aux femmes, pour résoudre les cas de détresse plutôt que d'y ajouter la déchirure de l'avortement

Nous l'avons bien vu sur Envoyé Spécial la semaine dernière : à part quelques irréductibles dont nous ne mettons pas en doute la sincérité, tout le monde en a plus que ras le bol de l'I.V.G. : - d'abord les femmes qui ne veulent pas témoigner car elles souffrent (alors qu'elles n'avaient aucun problème pour revendiquer leur avortement clandestin avant le vote de la loi) ;
- ensuite les médecins, surtout les jeunes, qui font tout pour éviter de pratiquer cet acte (le professeur Nisand le reconnaît : " chirurgicalement, il présente des risques, et médicalement, il est sans intérêt, et donc c'est ce geste-là qui est terriblement dévalorisant. Il ne faut pas se cacher de mots, on a arrêté une vie ") ;
- et puis les gens en général (puisque les militants d'il y a 25 ans ont un mal fou à trouver de la relève chez les jeunes) ;
- et enfin les vecteurs d'opinion que le sujet a lassé.

On s'est posé les bonnes questions il y a 25 ans, mais on a donné les mauvaises réponses : nous, la génération post loi Veil, nous en sommes la preuve. Alors, puisque nous sommes la société de demain, écoutez-nous, merci d'avance !


Les Survivants.
Contact presse : 06 86 10 71 03


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