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Lettre ouverte à Martine Aubry de la part des Survivants

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   Manif, 21 décembre 1999 (Libourne)
  Lettre à Mme la ministre
   Manif, 21 décembre 1999 (Paris)

Madame Aubry, nous étions ce matin (mardi 21 décembre 1999) sous vos fenêtres. Nous ne voulions pas vous provoquer, nous voulions juste être entendus. Nous n'avons trouvé d'autre accueil que les flics, alors que notre manif était non-violente et joyeuse.

Madame Aubry, nous sommes un mouvement de jeunes âgés de 15 à 25 ans. Une chose nous rassemble : notre opposition à l'IVG. Car depuis 1975, un copain sur 4 nous manque ; et nos histoires personnelles, on pourrait vous en parler des nuits entières.
Madame, Aubry, répondez-nous pourquoi il manque un quart de notre génération ; pourquoi, quand nous voulons nous faire entendre, nous ne trouvons aucun répondant, alors que c'est NOUS qui sommes les premiers concernés.

Vous vouliez une consultation nationale en septembre, nous vous l'offrons. Le sondage IFOP-Journal du Dimanche révèle que 83% des jeunes approuvent l'initiative de Ségolène Royal de délivrer la pilule du lendemain dans les lycées. Nous sommes des milliers de jeunes en France, et on peut vous le dire, on n'a pas été interrogés, parce que les jeunes autour de nous, ils sont carrément contre !

Nous, nous savons que la pilule du lendemain n'est pas la solution. Car comme le dit Ségolène Royal, la pilule du lendemain ne doit pas être considérée "comme un médicament de confort" (Libération), puisqu'elle est abortive. Elle renforce la solitude des jeunes et ne donne qu'une solution aux filles enceintes (et quand on n'a qu'une solution, ce n'est plus un choix !). Elle brise, comme la suppression de l'autorisation parentale pour les mineures, le dialogue parents-enfants, qui est déjà quasi inexistant. C'est vrai, devant une telle difficulté d'être enceinte, ce n'est pas d'une blouse blanche inconnue dont on a besoin, mais de la solidarité de ses proches et de la société toute entière. La prévention, c'est AVANT ; la pilule du lendemain, c'est TROP TARD et ça aggrave.

Madame Royal, vous dîtes dans le Monde du 29 novembre que votre démarche "est relative au droit des femmes". Nous ne voulons que ça ! Aidez-nous à garder nos mômes, à faire un bras d'honneur à la société quand nous sommes enceintes à 17 ans et que tout le monde nous regarde d'un air inquisiteur ; ça aussi, c'est de l'intégration.

Madame Aubry, construisez avec nous une société vraiment solidaire, une société qui donne une autre solution à une nana enceinte que l'avortement sous toutes ses formes.
On voudrait :
• une société qui écoute vraiment les femmes et les filles, et qui propose toujours à temps les solutions alternatives... qui existent !...
• une société qui réfléchisse à ce que peut être l'avenir, quand manque une proportion si importante de sa jeunesse...
• une société qui s'interroge sur ce que peut penser cette jeunesse quand elle n'est pas acceptée comme telle, mais désirée comme on voudrait qu'elle soit : docile, pas dérangeante...
• une société qui tende la main aux filles, aux femmes, pour résoudre les cas de détresse, plutôt que d'y ajouter la déchirure de l'avortement.

Nous, les Survivants, pour l'an 2000, nous ne formulons pas des rêves impossibles !


Les Survivants : 06 86 10 71 03


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