On a fait croire avant 1975 que les avortements clandestins en France sélevaient
à près de 1 000 000 par an. On sait maintenant de source sûre - Source
: INED. (Institut National des Etudes Démographiques)- que les avortements clandestins
se situaient autour de 65 000 par an. On peut lire depuis peu régulièrement
dans la presse que " les avortements ont baissé depuis la loi Veil en
France ". En fait, les chiffres avancés ne portent quà partir de 1975,
cest à dire juste après que la loi Veil est passée. Pas un démographe na
le courage de comparer les chiffres davant la loi avec ceux daprès la loi.
Voici les véritables chiffres, publiés par lINED, de lavortement en France :
Source : Chantal BLAYO, " Lévolution du recours à lavortement
en France depuis 1976 ", in Population, 3, 1995, pages 779 à 810.
Lavortement a donc peut-être bien diminué légèrement, mais bien après
la loi, et à partir de 1983. Cette baisse sexplique par la conjoncture
démographique qui fait quil y a de moins en moins de femmes en âge dêtre
mères chaque année. La génération qui a le plus avorté est aussi celle qui a
été la plus nombreuse, étant directement issue du " Baby-Boom "
(années 50). Les femmes aujourdhui fécondes sont celles qui sont nées dans les
années 60 et 70, date du début de la chute de la fécondité. Ainsi les avortements de
1983 correspondent à la génération des femmes nées dans les années 1955-60,
génération très nombreuse. Le nombre davortements est donc amené à diminuer
encore dans les années à venir, tout simplement parce que les femmes fécondes sont de
moins en moins nombreuses !
2. Avortements par tranche dâge.
La répartition de lavortement par tranche dâge des femmes est très
intéressante. Ainsi, 50% des avortements (soit 115 000 avortements par an)
concernent des femmes de 20 à 29 ans. On parle beaucoup des mineures, des jeunes
filles de 14 ans qui se retrouvent enceintes, mais cette catégorie est minime : à
peine plus de 10 % des avortements concernent des femmes de moins de 20 ans, ce
qui représente moins de 30 000 avortements par an. Les femmes plus âgées, à
partir de 40 ans, représentent 8 à 9 % des avortements, soit moins de 20 000
avortements par an. Il faut savoir quune femme de plus de 40 ans et enceinte est
systématiquement encouragée, voire forcée psychologiquement à avorter, que ce soit par
son médecin ou par son entourage. Les arguments évoqués sont lâge de la femme,
une plus forte probabilité que le bébé soit handicapé, etc. Ainsi, beaucoup de femmes
de plus de 40 ans peuvent subir une I.T.G. (Interruption Thérapeutique de Grossesse, donc
à nimporte quel mois de grossesse), sous la seule raison de leur trop grand âge.
Au total, la catégorie des 20 - 39 ans, soit la catégorie des femmes en
âge " normal " davoir un bébé, représente 82 % des
avortements pratiqués en France.
Répartition de 1000 avortements par tranche dâge en 1992
Source : Statistiques de lAvortement en France, INED. Copyright Etienne PINGOT,
1997.
3. Avortements pour 100 conceptions par tranche dâge.
Il est intéressant détudier aussi chaque tranche dâge, en
sintéressant à la fréquence davortement parmi chacune de ces tranches. Il
ne sagit pas ici de regarder la répartition en France des avortements par tranche
dâge, mais de regarder, pour chaque tranche dâge, le nombre
davortements pour 100 conceptions.
Ainsi, les femmes mariées ou séparées avortent globalement bien moins souvent que
celles qui sont non mariées (vivant éventuellement en couple). Cependant, pour la
catégorie des 40-49 ans, le recours à lavortement est le même, que les femmes
soient mariées ou non. Il est de 60 avortements pour 100 conceptions (soit 15 avortements
pour 10 naissances) chez les femmes de 45 à 49 ans, et 40 chez les femmes de 40 à 44 ans
(soit 10 avortements pour 15 naissances).
Les jeunes filles, dont on a vu quelles représentaient 10 % des avortements
en France, ont un taux davortement pour 100 conceptions extrêmement élevé,
lorsquelles ne sont pas mariées (cest à dire pour la majorité dentre
elles). A peine 32 % des conceptions se terminent par une naissance chez les
mineures. En dautres termes, il y a, pour une naissance, trois avortements ! Les
causes de ce phénomène seront détaillées ultérieurement : absence daides pour
ces filles, pressions du " copain ", des amis, et de la famille pour
ne pas le garder, sentiment que la fille ne pourra jamais retrouver une situation
matrimoniale stable avec un bébé, argument des études, de la jeunesse de la mère, etc.
Il nest pas besoin, je crois, de détailler plus ce graphique, mais je veux
préciser une chose essentielle : il a été établi par rapport aux avortements
officiellement déclarés en 1991, soit 172 152, et il ne prend pas en compte les
avortements non déclarés, au nombre de 60 000 selon lINED, en raison de la
difficulté de décliner ces avortements par tranche dâge. Par conséquent le
taux davortement pour 100 conceptions est fortement modifié, et passe, toutes
classes confondues, de 18,4 à 23,1 avortements pour 100 conceptions, soit 5 avortements
supplémentaires pour 100 conceptions. Il faut donc bien avoir en tête que les chiffres
de ce graphiques sont fortement sous-estimés.
Avortements pour 100 conceptions * par tranche dâge en 1991
Source : INED. Copyright Etienne PINGOT, 1997.
* Naissances vivantes + morts-nés + avortements.
4. Nombre davortements par femme.
Le nombre davortements par femme est relativement difficile à évaluer, et
lINED a fait des tentatives dévaluation qui ne sont pas forcément très
justes.
Quoi quil en soit, la moyenne davortement par femme en France est, selon
lINED, de 0,53 en 1993, soit une femme sur deux qui avorte (Source : Chantal
BLAYO, " Lévolution du recours à lavortement depuis 1976, in
Population, 3, 1995, 779-810). LINED constate aussi que :
- depuis la libéralisation de lavortement, le taux de femmes avortant
plusieurs fois augmente régulièrement ;
- plus une femme a avorté, plus grande est la probabilité quelle avorte de
nouveau. Ainsi, en 1985, une femme ayant avorté une fois a 18 % de chances
davorter une seconde fois ; une femme ayant avorté deux fois a 22 % de chances
davorter une troisième fois, et une femme ayant connu trois avortements a 28 %
de chances davorter une quatrième fois.
Lexplication de ce double phénomène est assez simple. Elle sappuie
dune part sur des considérations sociologiques : les statistiques montrent que les
femmes avortant plusieurs fois sont en général issues dun milieu social plutôt
défavorisé, dans lequel lavortement est considéré comme un moyen de
contraception. Cette explication est cependant insuffisante, et il faut rajouter une
seconde explication, dordre psychologique. Il est maintenant bien connu par les
psychologues quune femme ayant avorté a plus tendance à subir dautres
avortements quune autre, en raison du fameux syndrome post-avortement. Cest
une façon de se dédouaner du premier avortement, dont les séquelles psychologiques sont
souvent inconscientes. En avortant une seconde fois, on essaie
" d'exorciser " en quelque sorte le précédent avortement, on le
relativise, on diminue son importance, on le justifie aussi un peu plus, et de manière le
plus souvent complètement inconsciente.
Ce phénomène peut être rapproché de certaines attitudes que nous avons tous. Qui
na jamais remarqué quon a tendance à recommencer les actes dont on est peu
fier, pour justement les exorciser et sen déculpabiliser ? Cest un peu comme
lhistoire de lalcoolique qui boit pour oublier...quil boit ! Ce
phénomène très connu des psychologues, pourrait sappeler " la spirale
du vice " : dès que lon rentre dans un processus destructeur (même si
nous nen avons pas conscience, comme pour beaucoup de femmes qui avortent), on reste
et on senferre dans ce processus, en croyant - à tort - lexorciser, le
dédramatiser et sen dédouaner. Attention à linterprétation de ces phrases
: elles ne sont pas accusatrices, et ce que je dis sur lavortement est valable pour
une multitude dautres choses qui concernent tout le monde.
5. Le stérilet *
* Source : INED
En France, 16,1 % des femmes de 20 à 49 ans portent un stérilet en 1994, ce qui
fait environ deux millions de femmes. La destruction embryonnaire provoquée par le
stérilet est énorme, et est au minimum de 2 millions par an, le chiffre réel, encore
difficile à évaluer (puisque cela passe totalement inaperçu), étant probablement
proche de 3 millions. Si on enlève les femmes qui nont pas de partenaire sexuel,
qui sont stériles, enceintes, ou se sont fait stériliser, le taux de femmes portant un
stérilet sélève à 25 %, soit un quart des femmes !
Comme les risques de stérilité sont importants lorsquune femme porte un
stérilet, et que la manipulation du stérilet est délicate et ne peut être faite que
par un médecin, ce sont surtout les femmes qui ont déjà des enfants et qui nen
souhaitent pas dautres qui en portent. Doù une proportion très importante
chez les femmes de 35 ans et plus.
Proportion de femmes portant un stérilet parmi celles utilisant une méthode dite
contraceptive * en 1994
Source : enquête INSEE / INED sur les situations familiales et lemploi
en 1994. Copyright Etienne PINGOT, 1997.
* dont : pilule, stérilet, abstinence périodique, méthodes féminines locales,
retrait
6. Un quart de chaque génération sacrifié
Un enfant sur 4 manque en France. Cest une vérité incontestable. Mais beaucoup
de personnes diront que ce nest pas tout à fait vrai, car beaucoup de femmes ayant
avorté ont eu plus tard des enfants quelles nauraient pas eu si elles
navaient pas avorté. Cest vrai ! Certains enfants existent aujourdhui
parce que leur frère, ou leur soeur, est mort " à leur place ". Cela
nenlève rien au fait quils sont eux aussi des rescapés : ils avaient
statistiquement une chance sur quatre dêtre supprimés.
Rendons donc aux chiffres leur vraie signification : il est vrai quun enfant sur
4 manque en France. Cela ne veut pas dire que si lavortement nexistait pas, il
y aurait, en France, ce quart manquant, plus la jeunesse daujourdhui. En
effet, la jeunesse daujourdhui ne serait pas la même, et les comportements
passés ont toujours une influence sur les comportements présents. En particulier, la
natalité ne serait pas augmentée dun quart par rapport à la natalité actuelle,
mais elle serait probablement inférieure. En termes comptables, il y a 700 000
naissances en France actuellement plus 225 000 avortements : si les bébés avortés
étaient tous gardés, on ne peut affirmer quil y aurait 925 000 naissances.
Ce quon peut affirmer en revanche, cest que cette jeunesse tuée a existé
réellement, et que son absence est irréversible. Et, en ce sens, il y a bien un enfant
sur 4 qui est supprimé.
7. Lavortement dans dautres pays
La France nest pas le seul pays à autoriser lavortement. La plupart des
autres pays développés ont mis en place des lois autorisant lavortement,
lIrlande étant lexception qui résiste toujours malgré les pressions
internationales et le travail de fond effectué par le Planning Familial. La variabilité
extrême des délais autorisés montre la fragilité et larbitraire de la loi sur
lavortement. Voici quelques exemples des délais autorisés pour quelques pays :
Certains pays sont entièrement sinistrés au niveau du recours à lavortement.
Les pays de lEst en font largement partie, et ainsi, en Russie, la moyenne
davortements par femme est de lordre de six ! Deux avortements pour une
naissance vivante !
Source : INED. Copyright Etienne PINGOT, 1997.
* Pour la France, le chiffre tient compte des avortements non-déclarés, estimés par
lINED
Les chiffres sur lavortement dans les pays de lEst sont même
impressionnants, et pourtant des plus officiels. La France enregistre 23 avortements
officiels pour 100 naissances, mais ce chiffre remonte à 31 lorsquon prend en
compte les avortements non déclarés comptabilisés par lINED, ce qui place la
France parmi les pays dEurope de lOuest qui avortent le plus. Je ne sais
cependant pas si les autres pays connaissent un sous-enregistrement comparable au nôtre.
Mais peu importe en réalité de savoir si nous sommes plus ou moins touchés que les
autres pays. La situation nen reste pas moins catastrophique.
Source : INED. Copyright Etienne PINGOT, 1997.