Le délai légal de l'IVG porté à 12 semaines
LE MONDE, 30.05.2001
Le Parlement a définitivement voté, mercredi 30 mai, la
révision de la loi Veil de 1975 légalisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG),
l'Assemblée nationale approuvant par un ultime vote l'allongement du délai légal de
l'IVG. Désormais, une IVG pourra être pratiquée jusqu'à 12 semaines de grossesse et
non plus 10, ce qui aligne la France sur la plupart de ses voisins européens. Au-delà de
ce délai, l'avortement ne pourra plus être pratiqué que si la grossesse met gravement
en péril la santé de la femme ou celle de l'enfant à naître.
Selon le gouvernement, cette réforme évitera à 80 % des 5
000 femmes qui se retrouvent hors délai chaque année de se rendre à l'étranger pour
avorter. La droite, elle, estime que la réforme ne concernera qu'au mieux 40 % d'entre
elles.
Le texte, qui autorise également des entorses à la règle de
l'autorisation parentale pour les mineures, répond à une "réelle attente",
exprimée notamment de façon pressante par des associations féministes, a souligné la
socialiste Danielle Bousquet.
Soucieux d'éviter toute "ringardisation", un an après
l'adoption définitive du PACS, les groupes RPR, UDF et DL avaient abordé le débat en
décembre avec une certaine ouverture, proposant des solutions alternative et laissant la
liberté de vote à leurs membres.
PROFOND CLIVAGE
Toutefois, le parcours du projet de loi au cours de la navette
parlementaire n'a fait que confirmer un profond clivage entre droite et gauche. Mercredi,
tous les députés d'opposition en séance, à l'exception de Roselyne Bachelot (RPR), ont
voté contre. Au début du mois, le Sénat, largement dominé par la droite, avait rejeté
le texte en bloc.
L'UDF Marie-Thérèse Boisseau a synthétisé la position de la
droite, en reprochant au gouvernement et à la majorité de "transformer un devoir de
notre société à l'égard de femmes en situation de détresse, en un droit absolu des
femmes à disposer de leur corps". Après avoir salué l'avancée de la loi Veil, qui
a légalisé l'avortement en 1975, le député DL Bernard Perrut a, quant à lui,
"regretté que la puissance publique aujourd'hui soit plus prompte à modifier la
règle qu'à prendre tous les moyens pour assurer sa pleine efficacité".
L'unanimité a toutefois été trouvée sur un sujet :
l'urgence de développer l'information sur la contraception et l'éducation à la
sexualité, reconnues à droite comme à gauche comme le moyen principal de faire reculer
le nombre d'avortements en France.
Quelque 200 000 IVG sont pratiquées chaque année.
Dix mille adolescentes tombent enceintes sans l'avoir voulu et
7 000 d'entre elles avortent.
D'autre part, alors que ce texte donne également un cadre
légal à la stérilisation à visée contraceptive, la majorité a tenu à répondre
indirectement aux évêques qui avaient vu mardi dans la stérilisation des handicapés
mentaux un "pas de plus vers l'eugénisme d'Etat".
"Il conviendra de réfléchir plus largement sur le
consentement des personnes handicapées mentales aux actes médicaux qu'elles ont à
subir", par exemple dans le cadre du projet de loi à venir sur les droits des
malades, a dit la rapporteure Martine Lignières-Cassou (PS).
"L'allongement du délai permettra à de nombreuses
femmes, le plus souvent issues de milieux défavorisés, de ne plus partir à l'étranger
pour faire pratiquer une IVG, et de ne pas aggraver une situation déjà
douloureuse", a déclaré la secrétaire d'Etat aux droits des femmes, Nicole Pery,
en présentant une dernière fois le projet de loi.
Les principaux points du projet de loi
DELAI LEGAL DE L'IVG : porté de 10 à 12 semaines de grossesse.
AUTORISATION PARENTALE POUR LES MINEURES
Elle reste la règle :
- si la mineure "désire garder le secret, le médecin doit s'efforcer, dans son
intérêt, d'obtenir son consentement pour" que les parents soient consultés ;
- "si la mineure ne veut pas effectuer cette démarche ou si le consentement n'est
pas obtenu", le médecin peut pratiquer l'interruption de grossesse à la demande de
l'intéressée ; dans ce cas, elle se fait accompagner par un adulte de son choix.
CLAUSE DE CONSCIENCE
Un chef de service hospitalier qui, pour des raisons de conscience,
refuse de pratiquer des IVG devra s'assurer qu'elles sont organisées dans son
service.
ENTRETIEN PREALABLE
Systématiquement proposé, facultatif pour les majeures, obligatoire
pour les mineures.
AVORTEMENT MEDICAL
L'interruption thérapeutique de grossesse (à tout moment)
s'appellera désormais "interruption médicale de grossesse", avec des
modalités légèrement assouplies.
ENTRAVE A L'IVG
Constitue désormais un délit, inscrit dans le code pénal,
recouvrant les perturbations commises dans les établissements concernés, les menaces,
actes d'intimidation, pressions morales et psychologiques, commises contre la femme
concernée, son entourage et le personnel médical. Passible de deux ans de prison et 200
000 francs d'amende.
DISPOSITIONS DIVERSES
Gratuité de l'IVG pour les mineures n'ayant pas obtenu de
consentement parental.
Renforcement de la peine encourue pour vente illicite de dispositifs
médicaux utilisables pour l'IVG (trois ans de prison et 300 000 F d'amende au lieu de
deux ans de prison et 30 000 F d'amende). L'avortement illégal (hors délai, par un
non-médecin, hors d'un établissement hospitalier) est passible de deux ans de prison et
200 000 F d'amende, peine susceptible de passer à cinq ans et 500 000 F en cas de
pratique habituelle. Suppression des sanctions pour incitation à l'IVG.
DISPOSITIONS SUR LA CONTRACEPTION
Délivrance sans ordonnance des pilules reconnues sans danger (pour
le moment ne concerne que le NorLevo, pilule du lendemain).
Encadrement légal de la stérilisation, avec notamment l'institution d'un délai de réflexion de
quatre mois.
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