Témoignage n°8
"Vincent,
Si je t’écris c’est que je ne sais pas parler, en tout cas
pas parler de moi. Et si je t’écris sur l’ordinateur c’est
parce que je trouve ça plus facile. Je ne sais pas parler de moi parce
que jamais personne ne m’écoute. J’écoute bien trop
les autres pour ça ! Alors du coup tout le monde croit que je vais toujours
bien... je crois que ça m’arrange… et eux aussi, comme ça
tout le monde a l’air d’être content. Mais
aujourd’hui et avec toi il y a quelque chose de différent. J’ai
envie de te raconter certaines choses.
Tu sais, j’ai toujours eu envie que les gens devinent mes problèmes.
J’ai du mal à me confier, à faire confiance à
quelqu’un, à me laisser aller. Mais toi tu t'intéresses
vraiment à moi et tu m'as fait comprendre que pour être compris
et écouté il faut d'abord savoir
parler.
Toute petite mes parents ne m’écoutaient pas alors j’ai pris
l’habitude de me taire et jusqu’ici j’y trouvais mon compte.
Dans ce paquet il y a une cassette, LA cassette. Celle de la radio, quand j'ai
appelé Caroline Dublanche à son émission et que je suis
passée à l'antenne. Personne ne l’a jamais écoutée.
En plus de ça il faut que je te raconte certaines choses qu’un
seul être connaît, c’est Lolo. Parce que, même si c'est
malheureux et que ça peut paraître malsain et ça l’est
d’ailleurs, Lorette est la seule personne qui me comprend ou en tout cas
qui m'a comprise pendant cette douloureuse épreuve !
Je sais que ce n'est pas le rôle d'une petite fille de 9 ans mais je n'avais
personne d'autre à cette époque à qui me confier, du moins
pas grand monde. Je sais que je n’aurai pas dû me confier à
elle mais c’est grâce à ces confidences (ou à cause)
que je suis là, à taper ces mots sur ce clavier…
Si je te raconte ce qui va suivre, c’est pour que tu puisses mieux
comprendre dans quel état d’esprit je me trouve :
J’ai rencontré Hugues début octobre 2000. On se rencontrait
en bas des
immeubles en sortant nos chiens. Ce mec m'a tout de suite plu avec son air renfrogné,
timide et je lui trouvais aussi beaucoup de charme. On a discuté quelquefois
en bas, on se voyait souvent, je suis tombée très
amoureuse de lui et lui aussi je crois… Je dis bien « amoureuse
», je ne l’ai jamais vraiment aimé. D’ailleurs je n’ai
jamais aimé aucun mec, même si je suis tombée amoureuse
une multitude de fois.
Toi je t’aime, c’est pour ça que je t’écris
aujourd’hui. Enfin bref, je m’égare là.
Au début avec ce mec ça se passait bien. Mais ça a vite
mal tourné, un peu à cause de Lolo, un peu à cause de lui,
beaucoup à cause de moi. Il m’a très très vite agacée.
Je me suis lassée de lui à une vitesse phénoménale.
Au début de notre rencontre, quand tout allait bien, Hugues me parlait
très souvent d’avoir un enfant. Moi je prenais la pilule à
ce moment là. Et au mois de novembre, 2 mois après notre rencontre,j’ai
arrêté de la prendre sans lui dire... Je ne peux pas aujourd'hui
m'expliquer pourquoi
j'ai fait ça. Il voulait un enfant, moi aussi, depuis longtemps et j’étais
amoureuse. Je me suis dit qu’à 36 ans je mettrais des mois, voire
des années avant de tomber enceinte.
Je l’avais lu et entendu plein de fois. En vieillissant, la fertilité
diminue. Donc je ne me suis pas imaginé une seule seconde la suite des
évènements.
Bref je ne lui ai pas dit que je ne prenais plus de contraceptif mais
plusieurs fois je lui ai dit que j'avais oublié une prise de pilule,
que c’était risqué de faire l’amour à ce moment
là mais ça ne l’a pas arrêté.
J’ai laissé tomber Hugues le 31 décembre au soir, avec perte
et fracas. Il ne m'intéressait plus, j'ai remarqué qu'il buvait
beaucoup, qu'il était égoïste, qu'il n'aimait pas ma fille
et elle le lui rendait bien. On devait aller au resto pour le nouvel an et je
lui ai envoyé un texto (j'avais pas envie de lui parler)pour lui dire
que c’était terminé et que je ne voulais plus le voir. J’ai
vraiment été salope sur ce coup là, je l’avoue !
Mais bon passons, le problème n’est pas là.
Début janvier, vers le 4 ou 5, je commence à flipper quand je
m’aperçois que je n’ai pas mes règles. Tout en n’y
croyant pas une seconde (je n'avais arrêté la pilule que depuis
quelques semaines), je vais chercher un test de grossesse à la pharma.
Et là, stupéfaction : je suis enceinte !!!
Je me souviendrais toujours de ce moment, j’étais heureuse, mais
heureuse ! Pour moi la vie qui commence est une sorte de miracle, c’est
précieux, c’est fabuleux, fantastique, presque surnaturel ! Et
ce dès la première seconde; je pense que je jour de notre "naissance"
devrait être le jour ou on a été conçu, pas le jour
ou on est sorti du ventre de notre mère ! Ce soir là je gardais
une petite fille, Sandy, la fille de Corinne, une copine.
Après avoir fait le test, j’ai évidemment tout de suite
pensé à Hugues que j’avais jeté comme une vieille
chaussette 15 jours auparavant (je n’avais eu aucune réaction de
sa part je crois, je ne m’en rappelle pas en tout cas ou plutot si, de
la colère mais pas grand chose) et une heure après le test je
lui téléphonais en lui disant qu’il fallait qu’on
se voie…
j’ai marché jusqu’à son bâtiment en me disant
que mes jambes allaient flancher et que j’allais m’évanouir
sur le parking.
J’ai pris l’ascenseur… La montée des 12 étages
a été terrible. Je sentais mon cœur battre comme un malade
dans ma poitrine, j’ai cru qu’il allait exploser.
Je ne savais pas du tout comment Hugues allait réagir à mon annonce…
Donc, je sonne à sa porte. Il me tend tout de suite les 1000 balles que
je lui avais prêtés, il pensait que je venais pour ça…
Je m’assois dans le canapé. Mon cœur bat toujours aussi fort,
prêt à éclater !
Bon je suis entrain de tout te raconter, en long en large et en travers, ça
va durer des plombes, il faut que je résume ! Bref je dis à Hugues
que je suis enceinte. Au début il ne m’a pas crue. Puis il a vu
que
j’étais sérieuse et là il a été hyper
content et en même temps il était complètement stupéfait
par la nouvelle. Je l’ai revu 2 heures plus tard chez moi. Il était
complètement bourré et racontait n’importe quoi. Il est
tombé de sommeil sans avoir reparlé du « problème
» qu’on avait. Il s’est mis à ronfler, à parler
dans son sommeil tellement il était saoûl. Moi j’ai préféré
dormir dans la chambre de Lolo avec les filles. J’ai passé une
sale nuit ! Une horrible nuit.
Le lendemain matin j’ai demandé à Hugues de partir et de
ne pas revenir. Il m’a répondu «T’as plus qu’à
te faire avorter ». Mais moi je ne voulais pas… Alors ça
a été la guerre entre nous. Il m’appelait sans cesse au
tel pour me persuader. Un coup il était agressif, une heure après
tout doux, un jour il voulait bien que je garde le bb toute seule, le lendemain
il voulait le reconnaître ! Il était complètement paumé
!
Et moi je commençais à aller très très mal, je commençais
à penser à l’avortement. Je ne peux pas te décrire
dans quel état j’étais. J’ai commencé à
ne plus manger pour que l’embryon ne grossisse pas… Je ne faisais
que pleurer, j’ai pleuré des heures et des heures, des jours, des
nuits, j’ai hurlé aussi, crié, appelé au secours,
imploré le ciel de m’aider. J’ai dit à tout le monde
que j’étais enceinte.
Il n’y a que Brigitte et Lolo qui ont su me réconforter. Brigitte
avait subi une ivg il y a quelques années et elle était très
triste pour moi... Tous les autres m’ont jugée et mon dit "Mais
tout ça c'est de ta faute, tu n'avais qu'à pas arrêter la
pilule sans le lui dire", ce qui était vrai, l'erreur, c'est moi
qui l'avait faite ! Ils me disaient tous : « mais fais toi
avorter, c’est rien ! Ce ne sont que quelques cellules !" Et eux,
avant
d’être ce qu’ils sont, n’étaient ils pas «
que quelques cellules ?
Jusqu’à ma propre mère qui m’a dit que si je gardais
l’enfant elle ne voudrait plus me voir ! Je la hais maintenant, je suis
très en colère contre elle. Ce qui la dérangeait c'est
ce qu'allaient dire les voisins ! Il y a certaines personnes à qui j’en
veux énormément et en particulier Corinne, la mère de Sandy,
Isa et Xavier,Houyem, une fille que je ne vois plus… A Hugues je lui en
veux moins, il avait le droit de me demander d’avorter, puisqu'il était
le père et ce sans l'avoir demandé !
Tu sais l’autre fois j’étais triste pour Isa que sa fille
soit à l’hôpital (je savais que ce qu'avait la petite n'était
pas grave) mais je me suis dit aussi : « c’est bien fait, elle voit
un peu ce que ça fait de souffrir ! », je crois que c’est
elle qui a été le plus dur avec moi.
Enfin bref. J’avais fait une grosse erreur, à savoir cacher à
mon mec que je ne prenais plus la pilule… Ca j’en suis bien consciente,
mais personne n’a cherché à savoir pourquoi j’avais
fait ça, je ne le sais d’ailleurs pas moi-même !
A ce moment là je faisais un stage en PAO à TOURS nord. Je n’y
suis pas
allée pendant quelques jours puis j’y suis retournée. C’était
horrible, je prenais un sac en plastique avec moi parce que je vomissais dans
la voiture… Et je ne suivais plus rien des cours, je n’avais qu’une
envie, c’était de mourir. C’est là que Lorette m’a
énormément aidée, elle m’a sauvé la vie, c’est
sûr et certain !
Hugues continuait à me harceler au téléphone. Même
si j’avais la ferme
intention de garder ce bébé, des doutes s’installaient dans
mon esprit. Je me suis mise à dormir avec Lolo dans mon lit tellement
j’allais mal… La pauvre, elle a subi des choses horribles à
cette époque là, du haut de ses 9 ans !!!
Un jour, croyant que j’allais devenir folle (je devais être enceinte
de
3 semaines), je suis allée à l’hopital (bretonneau). J’ai
vu un gynéco avec qui j’ai discuté longuement de l’IVG.
Mais je pleurais tellement qu’il m’a conseillé de bien réfléchir
à la solution à adopter. Dans les
rues intérieures de l’hôpital, en le quittant, j’ai
fait un malaise, mes
jambes m’ont lâché, je suis restée à pleurer
par terre, accroupie, pendant de longues minutes.
puis je suis rentrée chez moi. J’ai appelé sos amitié
! Je suis tombée sur une nana géniale qui a tout compris…
Elle m’a énormément fait de bien ! Elle m'a dit une chose
très très importante : Quel a été votre premier
sentiment quand vous avez su que vous étiez enceinte ? Je lui ai répondu
que j'étais très heureuse. Et là elle m'a dit : il faut
toujours se fier à sa première émotion...
Ensuite les jours qui ont suivi étaient
vraiment bizarres… Un jour je voulais avorter, le lendemain garder le
bébé. Je pleurais toujours autant, je ne mangeais plus du tout,
il y avait des moments ou j’étais très attirée par
le suicide et j’ai cru plusieurs fois, des dizaines de fois même,
que je ne pourrai pas me retenir de me jeter par la fenêtre ! C’était
comme un aimant, je ne sais toujours pas comment j’ai fait pour résister
à ça !
Je suis retournée à l’hosto et le même gynéco
m’a proposé l’avortement par les médicaments, voyant
que je n’en pouvais plus il me disait maintenant qu’il était
préférable de faire une IVG. J’ai donc pris rendez vous
pour prendre les médocs à l’hôpital quelques jours
après. Le jour J, Lolo savait ce que je m’apprêtais à
faire et elle est revenue de l’école pour m’en empêcher.
Je suis allée à l’hôpital avec elle et une copine,
Virginie. J’ai dit aux infirmières qui m’attendaient que
j’avais changé d’avis et je suis repartie toute contente
avec mes « quelques cellules dans le ventre », bien décidée
à ne pas revenir. je le sentais bien dans mon ventre ce bébén
ça faisait comme un poids en bas, des fois ça me faisait plaisir
de le sentir, des fois ça me faisait peur...
Mais il se passait des choses étranges en moi… Je me disais que
ce bébé je n’allais pas l’aimer, que ce n’était
qu’une moitié d’enfant puisque son père n’en
voulait pas (en plus je l’ai croisé plusieurs fois en bas complètement
bourré), je me disais que s’il le reconnaissait il ne s’en
occuperait pas bien, ect, ect…
Une idée m’est venue et j’ai commencé à chercher
un appart à plusieurs dizaines de kms de Tours. Je ne voulais plus voir
les gens que je connaissais, je voulais disparaître de leur vue et de
leurs jugements à la con. Mais je n’ai pas trouvé d’appart
libre rapidement et peut être que j’ai aussi manqué de courage
à ce moment là…
C’est à ce moment que j’ai baissé les bras et que
je me suis dit : « ok,
vous avez gagné, je vais le tuer ce gosse et on en parlera plus ! ».
J’ai repris rendez vous à l’hosto. Cette fois c’était
trop tard pour les
médicaments, il fallait passer sur la table d’opération
! Le soir d’avant l’intervention il fallait que je prenne un médicament
qui allait faciliter, le lendemain, l’évacuation de l’embryon.
Je suis restée une bonne partie de la nuit devant le cachet. Je ne pouvais
pas le prendre !
Je me demandais : « Je prends ce cachet, je saute par la fenêtre
ou je vais faire dodo ? ».
Je pleurais, pleurais encore et encore… puis j’ai fini par aller
dormir en
prenant quelques somnifères. Je me suis levée vers 6 heures du
matin, j'ai couru à la cuisine et j'ai avalé le cachet, comme
ça, sans réfléchir. Je ne pouvais plus réfléchir,
j'étais trop fatiguée.
Le lendemain matin j'étais à l'hôpital.
Je ne peux pas te parler de l’acte en lui même. Je ne peux même
pas l’écrire...
Bon, je vais essayer, plus j’écris et plus je suis soulagée
! Ca me fait
du bien (et tellement de mal aussi) ! Je n'arrête pas de pleurer, je ne
sais pas si je vais m'arrêter un jour...
Je suis donc arrivée à l’hosto. Je
n’étais pas moi même ce jour là. Ou alors c’est
ce que je veux me faire
croire ? Non je crois que mon corps était là mais pas mon esprit.
Mon
esprit était déjà à moitié mort, il n’avait
pas pu venir… J’ai attendu
environ une heure dans un lit. C’était une chambre double. Le lit
d’à côté était vide. Puis une fille est arrivée.
Elle s’est allongée. Elle pleurait. Elle m’a dit «
je te préviens c’est très dur ! ».
Mais moi j’étais comme anesthésiée par tant de douleur
depuis des semaines… Une
infirmière est venue me chercher. La fille m’a dit : « bon
courage, à tout de suite »
J’ai suivi l’infirmière. Elle m’a réconfortée
un peu. « Ca va aller, ça va aller ». J’ai l’impression
d’y être en l’écrivant, je l’entends encore !!!
Sa voix était douce et rassurante… Moi j’avais quitté
mon corps depuis que j’étais rentrée dans la chambre. J’étais
comme en lévitation, comme inconsciente. Tout ça n’était
pas vrai en quelque sorte. C’était un cauchemar, j’allais
bientôt me réveiller !
J’ai vu le gynéco. Je me suis installée sur la table, les
jambes écartées… et j’ai attendu. Il m’a mis
un tuyau dans le vagin et ça a fait comme si quelque chose fouillait
dans mon ventre. Un bruit horrible. Comme quelqu’un qui mange de la soupe
très bruyamment. Et ça
faisait mal, ça faisait mal, il y avait des contractions dans mon ventre,
et ce truc qui continuait de fouiller et d’arracher avec ce bruit ! J’ai
senti une larme s’échapper de chacun de mes yeux et les infirmières,
une de chaque côté, les ont essuyées. L’une d’entre
elles m’a caressé le front : « c’est bien, vous êtes
très courageuse ! ». Tu
parles, très lâche oui, on est entrain de tuer mon bébe,
de me l’arracher !!! AU SECOURS ! J’avais tellement envie de crier
! Tout ça a duré un bon quart d’heure, que de souffrance,
physique et
mentale ! Puisje suis ressortie de la salle. Une des infirmières a jeté
quelque chose dans une immense poubelle. J’ai regardé… C’était
le tuyau plein de sang, mon sang et le sang de mon bébé. Et lui,
qu’en avaient il fait ? Un si petit bébé dans une si grande
poubelle ?
Je suis retournée dans la chambre. Je me suis endormie aussitôt.
Sûrement à cause des calmants qu’on m’avait donné
en arrivant. En me réveillant j’ai discuté avec la fille
à côté de moi. On s’est raconté un peu nos
histoires respectives.
Qulelques heures après je suis sortie.
Une copine m’a ramené Lolo. Lolo savait ou j’étais
et ce que j’y faisais. Elle m’a préparé à manger
et m’a dorlotée toute la soirée . Je ne pleurais plus, c’était
pire, j’étais vide. Vide de toute émotion, de tout sentiment.
J’ai passé une bonne nuit malgré tout. Le lendemain matin
j’allais plutôt pas mal, vues les circonstances, ça aurait
pu être pire. Pendant quelques jours, je me suis même sentie comme
soulagée. Plus de Hugues au tél., je lui avais dit que j'allais
faire ce qu'IL avait décidé … je pense qu’il en était
satisfait. Je ne sais pas ce que ça lui a fait à lui, l’avortement,
rien
je pense !
Quelques jours plus tard ça a commencé à aller très
mal. Je pleurais souvent, surtout quand je voyais mon reflet quelque part, dans
un miroir, dans une vitrine… Je me regardais et je me disais : «
mais qu’est ce que tu as fait ? » ??? Je m’en voulais à
mort, j’avais à nouveau envie d’en finir avec la vie…
A cette époque, pendant plusieurs mois, j’ai senti la mort rôder
autour de moi. Je ne sais pas si c’était celle de mon bébé
ou la mienne. Elle ne me faisait pas peur, elle rôdait
doucement. Je la sentais, comme un voile sombre qui me suivait partout.
Heureusement mon ange gardien était là : Lolo. Je sais qu’elle
a
énormément souffert durant ces quelques semaines, sa vie a été
un enfer ! Je m’en veux terriblement ! Je l’ai emmenée voir
un pédopsy après ça, avec qui elle a pu discuter. On reparle
de cette période de temps en temps mais vraiment rarement. Elle me donne
l’impression de ne pas avoir été traumatisée mais
je ne sais pas !
Les mois qui ont passé, j’ai fait une fixation sur le fait d’avoir
un bébé. Pas pour remplacer celui que j’avais perdu mais
pour retrouver une certaine estime de moi. Pour me prouver que je n’étais
pas un monstre, je devais donner la vie à un petit être.
Trois fois j’ai eu des relations avec des mecs rien que dans l’espoir
de concevoir. Sans amour, sans sentiments pour eux. C’est une période
ou j’aurai fait n’importe quoi pour retomber enceinte. Je n’avais
pas l’intention de le dire aux intéressés si jamais mon
plan avait fonctionné. J’avais très peur de choper le sida
mais mon obsession d’avoir un enfant dépassait toutes mes peurs.
J’ai compris à cette époque que la douleur peut rendre fou
!!!
Je calculais le jour de mon ovulation et je couchais avec ces mecs. Ca n’a
pas fonctionné et je n’ai attrapé aucune saloperie. Je ne
regrette pas
aujourd’hui que ces plans aient foiré.
Un jour je suis allée en Normandie sur la tombe de ma grand mère,
j'étais avec Lolo. J'adorais ma grand mère et Lolo adorait son
arrière grand mère. J'avais fait un petit mot sur un petit papier
ou j'avais écris : MON BB. et je l'ai mis dans la terre, près
de la tombe. Je l'ai enterré. Ca m'a calmée quelques jours mais
pas longtemps...
Et puis je t’ai rencontré, toi ! Si tu savais comme je t’aime
!
Maintenant je n’ai plus envie de faire un bébé pour faire
un bébé. J’ai
compris que ce n’est pas la solution. Mais le temps que j’ai pensé
à ça
m’a permis de survivre, j’en suis sûre.
Maintenant tu es là et j’ai très
envie d’un enfant avec toi !!! Tout simplement parce que je t’aime
! Je
te trouve tellement génial avec tes petits ! Et puis quand même,
bien
que je ne voit plus la chose du même œil, j’ai quand même
envie de reprendre ma revanche sur la vie. Que mon ventre ne reste pas un cimetière
pour bébé pour l’éternité !
Tous les gens qui m’ont conseillé d’avorter ne m’ont
plus jamais reparlé
de ça. Pas même ma mère ! Je crois qu’ils ont oublié…
alors ils n’avaient qu’à la fermer. On n’a pas le droit
de donner son avis sur des choses aussi graves ! Je leur en veux toujours terriblement
!!!
Je souffre un peu moins de cette histoire depuis que je t’ai rencontré
Vincent ! Maintenant je souffre de me dire que peut-être je n’aurai
pas
d’enfant avec toi… Il y a ta maladie, le boulot, .. Mais je te l’ai
déjà dit, ce bébé n’est pas une condition
à remplir pour que je t’aime!
Seulement ça me rendrait la femme la plus heureuse de la terre. Je comprends
que pour toi ce n’est pas le moment de penser à ça mais
je voulais que tu saches à quel point je désire un enfant !
En plus, j’ai décidé que si un jour j’ai un petit
je referai ce que j’avais fait quand j’ai eu Lorette, à savoir
des dons de lait pour des petits prématurés qui sont entre la
vie et la mort et que seul du lait maternel peut
sauver… J’ai vraiment besoin de me racheter, de pouvoir me regarder
en face, de faire la nique à la mort !"
Agnès
Témoignage n°9
Auteur: Karine
Date: 11/02/2003 18:01
"Cette histoire est très longue.
Merci de votre patience.
(désolée pour les fautes d'orthographe)
Il y a près d'un an .j'ai fait la connaissance d'un homme qui a dix
ans de plus que moi.Il insistait pour qu'on sorte ensemble mais je ne voulais
pas car j'avais un copain .Quand ma relation avec mon copain s'est terminée
quelques mois plus tard ,il est revenu à la surface .Et là ,deséspérée
j'ai succombé.mais le hic,j'ai appris deux jours après avoir dîné
avec lui qu'il était marié depuis 5 mois.Je lui ai fait la reflexion
mais il m'a dit qu'il ne fallait pas que je culpabilise et il a rajouté
carpe diem/En fait ,il a la belle vie.Toutes les deux trois semaines,il se rend
en belgique et loge à l'hotel ou je job certains week-end.je suis à
la réception.Il est donc loin de sa femme qui réside à
lyon.Comme une idiote j'ai continuée à la frequenter.Ensuite je
l'ai plaquée parce que j'en avis marre de cette relation malsaine puis
il est revenu au galop.Ensuite ,il m' a dit qu'il avait des remords et il fallait
qu'on arrête de se voir .j'étais soulagée et on s'est séparés.On
a fait l'amour et il m'a dit à bientôt.Je ne comprenais plus rien
à sa réaction .Et j'ai définitivement coupé les
ponts.Un mois plus tard j'ai rencontré un homme qui a trois ans de plus
que moi(j'ai 24 ans)et ça se passe très bien.Et l'homme marié
est encore revenu à la surface mais j'ai ignoré ces messages.Mais
depuis deux semaines ma vie est bouleversée....J'ai eu mes règles
au mois de décembre .Un mois après que je me sois séparé
avec l'homme marié mais ceux du mois de janvier ne sont jamais arrivées
?je suis aller consuluter un gynécologue et là il me dit que j'ai
appris que j'étyais enceinte depuis 12 semaines.
Le monde s'est écroulé autour de moi.C'est la première
fois que je tombe enceinte.et je ne sais pas quoi faire.Je n'ai eu aucune nausées
,j'étais fatiguée quelques fois mais je n'aurais jamais soupçonnée
cela.j'ai consulté des centres de planning familiaux qui m'ont dit de
bien réfléchir.Mais le temps s'est écoulé pour faire
une ivg en belgique .
le délai prévoit 12 semaines maximum.
On m'a fait une prise de sang pour savoir si tout était ok(hépathite
a,b,c,hiv) tout est négatif.j'ai alors parlé de ma grosssese a
l'homme marié mais je lui ai dit que je ne pouvais rien faire avant l'échographie.Il
m'a dit qu'il voulait que j'avorte et il espérait même que le bébé
allait mal,il souhaitait même sa mort.ça m'a fait très mal.Je
lui ai dit que je n'étais plus dans les délais légaux(en
belgique 12 semaines max) pour avorter et que je devais me rendre en hollande
mais aussi que j'avais peur des conséquences physiques(risques d'infertilité,hémoragies
etc...) et psychiques.eT en plus que je n'avais pas assez d'argent pour l'avortement(570
eur0s).Il en avait rien à foutre .il m'a dit qu'il a fait une énorme
connerie et savait pas ce qu'il dirait à sa femme.il m'a dit qu'il allait
m'appeler et il ne l'a toujours pas fait.Entre temps ,mon gynéco m'a
fait un "doppler" et j'ai entendu le coeur du bébé battre
et je me suis mise à pleurer.Le gynéco m'a dit que tout allait
bien et je commence à m'attacher à ce bébé.Mais
j'ai très très peur .Tout d'abord parce qu' un bébé
hors mariage ce serait mal vu et en plus c'est un homme marié.je n'attend
rien du père du bébé.Sa réaction m'a donné
un aperçu de ce qu'il était vraiment.Mais j'ai peur d'être
jugé par ma famille.J'ai deux grandes soeurs et deux petites soeurs.ON
m'a toujours comparé à mes deux grandes soeurs qui ont fait un
parcours sans faute.Elles ont fini leur études universitaires ,elles
travaillent et elles sont mariées.Moi,j'ai vingt-quatre ans je suis toujours
aux études et on se demande quand est-ce que je vais finir ma vie d'étudiante
et me marier.
Je suis issu d'une famille africaine et catholique.Je n'ose même pas leur
en parler au risuqe d'être chassée.Pour eux c'est un désohneur.je
risque aussi de perdre mon petit ami actuel a qui je n'ai pas dit un mot mais
je dois faire qqch .mon ventre grossit.J'ai très très très
peur.que feriez vous à ma place? aidez moi j'attends vos réponses
avec impatience. "
Réponse à ce message
Auteur: Assassa
Date: 12/02/2003 17:55
"Chère Karine,
J'ai 18 ans et ma mère a accouché sous X, j'ai été
adoptée à 3 mois et j'ai eu dans ma vie toutes les chances que
ma mère aurait pu souhaiter que j'aie: la vie et la santé, une
bonne éducation, des milliers de petits et de grands bonheurs... Aujourd'hui,
je suis heureuse, alors qu'il y a 18 ans, je n'étais pas désirée.
Si ma mère pouvait me voir, je voudrais qu'elle puisse être fière
de moi, tout comme je suis fière d'être la fille d'une femmme assez
courageuse pour résister aux pressions; une femme avec un amour immense
pour me permettre d'aimer à mon tour; une femme dont j'ai été
la seule pensée pendant 9mois + 18ans...
Même si ton bébé ne peut pas encore te le dire avec des
mots, sois sûre qu'il t'aime de tout son petit coeur.
Quel est le lieu des sentiments dans toutes les expression? Le coeur: la seule
mini chose qui lui permette de te dire son maxi amour pour toi, pour cette vie
que tu lui as donnée et que tu peux lui conserver, c'est son coeur...
ce coeur que tu as entendu battre, ce coeur qui remplace ses caresses, ses cordes
vocales et ses bisous, ce coeur qui bat grace à toi et pour toi. Ton
bébé t'aime et t'aimera toujours parce que tu as écouté
son coeur.
En vous souhaitant à tous les deux de trouver la meilleure manière
de prolonger votre amour , je te souhaite beaucoup de courage et t'embrasse"
Auteur: Karine
Date: 06/03/2003 13:22
"Salut béami,
je veux bien de votre aide mais je suis si loin.J'en ai parlé à
ma soeur,elle m'a conseillé d'aller en hollande et a même pris
congé pour m'accompagner.Le papa du bébé est prêt
à m'envoyer de l'argent pour cela et mon petit ami veut que j'avorte
cette fois je suis vraiment perdue j'aimerais bien qu'on m'aide mais vous êtes
si loin ....J'habite en belgique.Je dois confirmer mon ivg mardi 11 mars .Les
personnes qui m'étaient le plus cher me tournent le dos .Je me suis récemment
rendue à un plannaning de centre familial qui m'ont dit de ne pas dire
zut à ma famille et que ce bébé était un caprice
et que je vais rater moon année scolaire si je le garde.Ma soeur m'a
dit que ceux qui m'incitent à poursuivre ma grossesse ne sauront pas
là quand mon bébé va naître et ne vivront pas ma
misère à ma place .Là je me retrouve vraiment toute seule
j'ai encore plus peur.et je n'arrête pas d'éclater en sanglots..."
Auteur: Karine
Date: 14/03/2003 09:46
"j'aimerais remercier tous les survivants pour le soutien et l'aide qu'ils
m'ont apportée .je me sens beaucoup mieux.je n'ai pas encore annoncé
la nouvelle à ma mère mais je trouverai le courage de le faire.J'ai
déjà un soutien familial: celui de ma soeur.Il ya quelques temps
,elle m'avait conseillé de partir en hollande pour faire une IVG.Elle
a changé d'avis vu la détermination que j'avais à garder
mon bébé.En plus elle est elle-même enceinte et on n'arrête
pas de se téléphoner pour échanger nos impressions,on parle
de nos symptômes etc...
Encore un grand Merci.Je ne manquerai pas de donner de mes nouvelles.
Gros bisous"
Karine